Le Projet

Passages historiques: Bytown et le canal Rideau documente l’origine politique, la construction et les premières influences du canal Rideau d’Ottawa, désigné site du patrimoine mondial de l’UNESCO. Quand le lieutenant-colonel John By arriva au Canada en provenance d’Angleterre, sa première grande décision fut de rejeter les deux emplacements proposés pour l’entrée nord du canal, qui se trouvaient l’un à proximité du débarcadère Richmond et l’autre, près des chutes Rideau. On se demande comment la construction du canal et de la communauté environnante de Bytown se serait déroulée s’il avait choisi un autre emplacement.

L’histoire du canal varie elle aussi selon le point de départ choisi. La construction du canal a été racontée à maintes reprises, mais c‘était chaque fois à partir de dossiers fragmentaires, de cartes, de lettres et de dessins dispersés dans les musées et archives de plusieurs villes proches, dont Ottawa, Merrickville, Montréal et Toronto, mais aussi d’endroits aussi éloignés qu‘Édimbourg, en Écosse. L‘étude de ces archives entraîne de nombreux déplacements et des frais de reproduction élevés qui dépassent le budget habituel du chercheur moyen.

Passages historiques réunit des reproductions de documents d’archives portant sur les écluses d’Ottawa du canal Rideau et les débuts de Bytown, obtenus d’un peu partout dans le monde. Bon nombre de ces documents ont été numérisés et sont publiés ici pour la première fois. Notre exposition présente du matériel en anglais des Archives and Research Collections de l’Université Carleton, du Musée Bytown, du Musée McCord, des Archives publiques de l’Ontario, de Bibliothèque et Archives Canada, de Parcs Canada ainsi que des archives nationales d‘Écosse et du Royaume-Uni. Bien qu’il soit impossible de savoir combien d’artéfacts restent à découvrir, à authentifier et à documenter, nous pensons offrir la collection la plus exhaustive jamais présentée à ce jour. Notre objectif est d’encourager les étudiants, les historiens et les passionnés du canal à fouiller dans nos archives en ligne, à faire leurs propres découvertes et à écrire leurs propres histoires, qui viendront enrichir nos connaissances sur ce site d’intérêt national.

À cette fin, l’exposition comprend plusieurs volets interactifs qui présentent de nouvelles perspectives sur les origines et l’influence du canal. Les structures originales où logeaient le lieutenant-colonel John By et son corps d’ingénieurs sur Barrack Hill n’existent plus, et il reste peu d’outils ou d’autres artefacts de la construction de ce chef-d‘œuvre d’ingénierie. Or, nous avons recréé ces structures architecturales et le paysage environnant au moyen d’un protocole exclusif mis au point par le Carleton Immersive Media Studio (CIMS); ce protocole permet de comparer des données obtenues au moyen d’un scanner laser terrestre et de mesures sur le terrain avec des documents d’archives, dont des levés et des plans et devis originaux, des plans architecturaux des principaux bâtiments construits pour les membres des Royal Sappers and Miners et des Royal Engineers, ainsi que des aquarelles et des photos d‘époque qui montrent l’aspect général de Bytown. Ces modèles détaillés en 3D sont la synthèse d’une bonne partie de l’information fragmentaire dont nous disposons sur l’apparence et le fonctionnement du canal à différentes étapes de sa construction.

Comme nous avons principalement travaillé à partir de documents d’archives, le détail et l’exactitude de chacun des éléments des modèles varient selon les sources disponibles. Par exemple, le fait d’avoir accès aux dessins originaux de By nous a permis de réaliser un modèle très détaillé des huit postes d‘éclusage. Par contre, comme nos références principales pour la haute ville et la basse ville sont des peintures et des lithographies, nous avons réalisé le modèle de ces deux zones à partir d’un moins grand nombre de détails. L’esthétique générale des modèles numériques est également fonction de la nature des documents d’archives. Une bonne partie des textures utilisées pour réaliser les modèles sont peintes à la main, et la palette de couleurs correspond à celle des aquarelles et des lavis à l’encre qui sont nos seuls éléments visuels de la période. Ce procédé a nécessité des semaines de travail méticuleux de la part de notre équipe, qui a peint le modèle numérique.

La beauté naturelle et l’architecture spectaculaires du canal attirent des millions de visiteurs par année. Afin d’enrichir leur passage sur le site, nous avons adapté une bonne partie des documents et des modèles de notre exposition en fonction d’une application à réalité augmentée pour téléphones intelligents, qui transpose dans le présent le passé qui s’affiche à l‘écran. Conçue à l’aide d’un logiciel innovateur de création d’histoires interactives développé à l’Hyperlab de l’Université Carleton, l’application mobile Passages historiques s’adapte en fonction de l’endroit où se trouve l’utilisateur et de ses déplacements le long du canal; elle offre ainsi une visite guidée personnalisée de nos archives et de nos reconstitutions numériques. En permettant aux visiteurs de « voir » ces artéfacts dans leur contexte d’origine, notre application leur propose un regard privilégié sur l‘évolution du paysage et des influences du canal sur la société, au fil des ans.

Nous espérons que, par ses nombreux modes et lieux d’interaction, Passages historiques favorisera la compréhension et l’appréciation de cet important monument canadien.