La malaria

Le mot « malaria » vient de l’italien mal’aria, qui signifie « mauvais air », longtemps perçu comme étant la cause de la maladie. Ce n’est qu’en 1880 – bien des années après la construction du canal – que les scientifiques découvriront que la véritable source de la malaria n‘était pas du tout la piètre qualité de l’air, mais des parasites qui infectaient les cellules sanguines. La forêt dense et marécageuse qui entourait le chantier du canal créait un habitat idéal pour les moustiques, qui proliféraient dans les conditions chaudes et humides de l‘été et transmettaient la maladie. Dans l’espoir de limiter les risques d’infection, le lieutenant-colonel John By donna l’ordre de raser la forêt dense qui entourait les postes d‘éclusage. Le but n‘était évidemment pas de réduire le nombre de moustiques, mais plutôt d’améliorer la qualité de l’air dans la zone de construction. Comme cette stratégie reposait sur une conception erronée des causes de la malaria, la maladie refaisait surface tous les ans, chaque fois avec des conséquences dévastatrices. Pour les victimes de la maladie qui avaient la chance de survivre – et des centaines de personnes n’eurent pas cette chance –, le chemin de la guérison était douloureux et exténuant. Les malades demeuraient fatigués, faibles et souvent incapables de retourner au travail.

Points d'intérêt

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[Source: MacTaggart, John. Three years in Canada : an account of the actual state of the country in 1826-7-8, comprehending its resources, productions, improvements, and capabilities, and including sketches of the state of society, advice to emigrants, &c. London : H. Colburn, 1829. Université Carleton, Archives and Research Collections. RAR FC51.M28 v.1/v.2.]

Durée: 43 secondes
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Un récit à propos de la malaria

L’arpenteur John MacTaggart, lui-même survivant de la malaria, raconte de manière saisissante les effets dévastateurs de cette maladie sur le corps et l’esprit :

« On dit que la fièvre et les grands frissons du Canada sont différents de ceux des autres pays. Les symptômes courants de cette maladie sont une fièvre bilieuse, de violents vomissements, un mal de dos et dans le bas des reins, une extrême faiblesse généralisée et une perte d’appétit telle que même une tasse de thé ne passe pas, ce que l’estomac le plus difficile en Angleterre peut tolérer. Après huit ou dix jours dans cet état, c’est la jaunisse qui frappe, accompagnée de tremblements soudains… Pendant deux ou trois heures avant l’apparition de ces symptômes, le malade a tellement froid que rien ne semble pouvoir le réchauffer; même la chaleur la plus intense appliquée sur sa peau n’aura aucun effet. C’est alors que la peau s’assèche et que les tremblements commencent. Tous les os du corps sont douloureux, les dents claquent et les côtes font mal; ce phénomène agonisant dure environ une heure et demie. La plupart des malades se mettent ensuite à vomir, puis les tremblements cessent et une transpiration profuse se déclenche et dure encore deux heures. Après tout cela, on constate que la maladie a terminé un round. »

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Aquarelle montrant le lieutenant-colonel By en train de surveiller la construction du canal RideauEnlarge

[Source: Colonel By Watching the Building of the Rideau Canal, 1826. Charles William Jefferys, collection de la Pétrolière Impériale, Bibliothèque et Archives Canada, numéro d’acquisition 1972-26-795, C-073703.]

L’épidémie de malaria

Les maladies furent une préoccupation constante durant toute la construction. C’est toutefois en 1828 que frappa la pire épidémie de malaria, qui força l’arrêt total du travail à de nombreux postes d‘éclusage le long du canal Rideau. Bien que les travaux se poursuivirent au ralenti aux écluses de Bytown, le lieutenant-colonel John By en personne (que l’on voit ici supervisant les travaux) contracta la maladie et dut recevoir les soins attentionnés d’un médecin du Board of Ordnance, le Dr M. H. Tuthill, pour se remettre sur pied.

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[Source: Bibliothèque et Archives Canada, MG13-WO44, volume 16, pages 72-74.]

Durée: 32 secondes
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Roulement de main-d’œuvre

La malaria n‘était pas la seule cause d’affaiblissement de la main-d‘œuvre du canal. Le taux de désertion était très élevé, en particulier durant l‘épidémie de 1828, car les travailleurs en santé fuyaient la terrible maladie. Certains chantiers particulièrement touchés, comme celui du poste d‘éclusage d’Isthmus, connaîtront un roulement de main-d‘œuvre très important. La multiplication des désertions deviendra si problématique que le lieutenant-colonel By ira même jusqu‘à offrir aux membres des Royal Sappers and Miners de leur attribuer une terre de 40 hectares (100 acres) s’ils restent jusqu‘à la fin, mais cela ne suffira pas toujours à les convaincre de rester. Comme le montre ce document, on estime que 35 des 160 membres Sappers and Miners qui ont travaillé à la construction du canal ont abandonné leur poste avant la fin des travaux.

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Soin des malades» Introduction«