Le débat sur la largeur des écluses

Les plans et devis du canal Rideau – notamment en ce qui concerne la largeur, la profondeur et la longueur des écluses – ont fait l’objet de multiples levés, estimations, débats et révisions échelonnés sur plusieurs années. La largeur et la profondeur du canal avaient des implications importantes du point de vue militaire, car un canal trop étroit aurait empêché certains navires d’y circuler. En 1824, plus de 40 ans après les premiers travaux d’arpentage du tracé du canal, Samuel Clowes soumet au Board of Ordnance son levé détaillé avec estimation des coûts et trois scénarios de construction. Le scénario le moins coûteux prévoyait des écluses de seulement 3 mètres (10 pieds) de large et un coût de construction total de 62 000 £, tandis que le plan le plus ambitieux prévoyait des écluses de 6 mètres (20 pieds) de large à un coût de 230 000 £. Lorsque le lieutenant-colonel John By prit la maîtrise d‘œuvre du chantier en 1826, il réarpenta aussitôt le tracé et proposa d‘élargir les écluses encore davantage – à 15 mètres (50 pieds) – pour qu’elles puissent accueillir la nouvelle flotte de grands navires à vapeur de la marine militaire et ceux de la marine marchande. Au final, le Board of Ordnance fixa la largeur des écluses à 10 mètres (33 pieds), ce qui était suffisant pour les bateaux à vapeur de la marine militaire et, à terme, de la marine marchande.

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[Source: “Diverses propositions” [Animation]. Dr. Stephen Fai. Carleton Immersive Media Studio. 2012.]

Durée: 28 secondes
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Diverses propositions

La largeur actuelle des écluses de Bytown est le résultat d’un compromis entre l’Ordnance Department, qui finançait les travaux, et le lieutenant-colonel John By, qui en était le maître d‘œuvre. L’Ordnance Department préconisait des écluses d’une largeur de 6 mètres (20 pieds), suffisante pour des canonnières, mais sans plus. By, lui, plaidait pour une solution plus polyvalente; un élargissement à 15 mètres (50 pieds), prétendait-il, permettrait d‘éponger les coûts de construction, car les bateaux à vapeur commerciaux pourraient alors circuler sur le canal. En 1828, l’Ordnance Department approuva finalement la construction d’un système d‘écluses de 10 mètres de large (33 pieds), estimant qu’il s’agissait là d’un bon compromis entre les besoins immédiats et les usages futurs.

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Dessin d’un plan et d’une coupe du modèle d’écluses à 6 mètres (20 pieds) de largeEnlarge

[Source: Artiste inconnu, “Plan and Sections of the Eight Lock, 10 feet Lift. Estimate of Masonry…”, [1842], Bibliothèque et Archives Canada, NMC-5239.]

Proposition de Samuel Clowes : 6 mètres (20 pieds) de large

Ce modèle à 6 mètres (20 pieds) de large, proposé par l’arpenteur Samuel Clowes en 1824, était inspiré du canal de Lachine à Montréal, dont la construction venait d‘être achevée. Le Board of Ordnance commença par donner son aval à la construction d’une voie navigable de 202 km à cette largeur, mais cette décision finit par être renversée, car elle aurait limité les possibilités offertes par le canal Rideau, qui n’aurait pu accepter que des canonnières de petite taille.

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Dessin d’un plan et d’une coupe du modèle d’écluses à 15 mètres (50 pieds) de largeEnlarge

[Source: Great Britain Army Corps of Royal Engineers, “Plan and Sections of the Large Lock Proposed by Lieut. Col. John By, Royal Engineers, Commanding Rideau Canal 1st December 1827”, [1827], Bibliothèque et Archives Canada, NMC-21871.]

Proposition de John By : 15 mètres (50 pieds) de large

Ce modèle à 15 mètres (50 pieds) de large fut proposé par le lieutenant-colonel John By en 1826. Il estimait que le canal Rideau, en plus de sa vocation militaire, générerait des revenus si l’on faisait en sorte que les navires marchands puissent y circuler. Des écluses de 15 mètres sur 46 (50 pieds sur 150) auraient pu accueillir des bateaux à vapeur d’assez grande taille capables de transporter plus d’hommes en temps de guerre et de fournir suffisamment d’espace d’entreposage pour la navigation commerciale. By prétendait que la navigation commerciale apporterait des revenus supplémentaires au gouvernement grâce à l’imposition de péages, ce qui permettrait d‘éponger les coûts de construction du canal. By ne réussira pas à convaincre le Board of Ordnance de construire des écluses aussi larges, mais ses arguments influenceront largement la décision de faire passer les écluses d’une largeur prévue de 6 mètres (20 pieds) à leur largeur actuelle de 10 mètres (33 pieds).

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Dessin d’un plan et d’une coupe du modèle d’écluses à 10 mètres (33 pieds) de largeEnlarge

[Source: Great Britain Army Corps of Royal Engineers, “Plan of the Approved Locks for the Rideau Canal, Lt. Col. By Commanying Royal Engineer John By, Lt. Colonel Roy’l. Engrs. Com’g. Rideau Canal, 8th July 1828”, [1828], Bibliothèque et Archives Canada, NMC-21893.]

Solution retenue : 10 mètres (33 pieds) de large

Après quelques dizaines d’années de levés et de débats sur deux continents, il fut résolu que la largeur des écluses soit de 10 mètres (33 pieds). Cette décision ne correspondait peut-être pas à la grande vision du lieutenant-colonel By, mais elle répondait néanmoins à son désir que le canal puisse accueillir un plus grand éventail de navires. Ce fut un choix particulièrement visionnaire, puisque le canal ne servira en fait jamais aux fins militaires pour lesquelles il fut construit; il deviendra plutôt une voie navigable de choix pour la navigation commerciale et la navigation de plaisance. À la fin des travaux en 1832, les coûts de construction atteindront la somme astronomique de 822 000 £, soit presque cinq fois l’estimation initiale du Board of Ordnance.

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Le rappel de By» Problèmes de communication«