La nature sauvage du Canada

À l’aide de plans de masse préalablement établis, By et ses hommes s’attelèrent à la difficile tâche d’obtenir des mesures plus détaillées pour le futur tracé du canal. En 1826, John MacTaggart, ingénieur civil venu d‘Écosse, fut nommé surveillant des travaux. Entouré d’une équipe de sept assistants et travailleurs, il se lança à l’assaut d’une nature hostile. Il embauche de bons bûcherons canadiens-français pour ouvrir le passage à travers des forêts épaisses et des boisés marécageux impraticables à cheval. Les hommes se déplaçaient à pied et se retrouvaient couverts de contusions et de sang. Évidemment, prendre des mesures précises sur un terrain aussi difficile était presque impossible, et il n‘était pas rare que les arpenteurs se perdent désespérément. Le climat était tout aussi difficile. L‘été apportait son lot d’insectes (et de moustiques porteurs de la malaria), et l’hiver, avec ses froids atteignant parfois -40 °C, rendait la vie particulièrement difficile à ceux qui n‘étaient pas habitués aux rigueurs du climat canadien, dont MacTaggart lui-même.

Points d'intérêt

Tableau montrant l’épaisse forêt de Hog’s Back, en bordure du canal RideauEnlarge

[Source: Hogsback, Rideau Canal. Fonds James Pattison Cockburn, Bibliothèque et Archives Canada, numéro d’acquisition 1989-256-9, C-012515.]

Arpenter les marais et les forêts

John MacTaggart utilisait le mot anglais « rummaging » (fourrager) pour décrire l’art d’explorer le milieu naturel, et fourrager le territoire canadien opposait des obstacles importants aux premiers arpenteurs. Prenez les marais et les forêts : dans bien des cas, il fallait remesurer les marais en hiver après que le gel les eût enfin rendus franchissables, tandis que les forêts étaient si épaisses que les bûcherons canadiens-français devaient défricher le terrain mètre par mètre le long des lignes de visée pour prendre les mesures. Les arpenteurs étaient souvent contraints de marcher à quatre pattes pour se frayer un chemin. Le tableau ci-dessus montre l‘épaisse forêt de Hog’s Back, un endroit sur le tracé du canal Rideau qui donna sûrement du fil à retordre aux arpenteurs.

X
Tableau représentant une vue du lac Cataraqui à Kingston en direction sud-estEnlarge

[Source: A South-East View of Cataraqui (Kingston). James Peachey, collection James Peachey [document iconographique], Bibliothèque et Archives Canada, numéro d’acquisition 1989-221-5, C-001511.]

Le premier levé du tracé du canal Rideau

Le lieutenant Gershom French effectua le premier levé complet du tracé potentiel du canal Rideau tout en prospectant des terrains pour des établissements futurs. Le 29 septembre 1783, French et ses hommes partirent de la rivière des Outaouais à bord de canots d‘écorce. L‘équipe comportait sept hommes du corps provincial de l’armée britannique, deux travailleurs canadiens-français et un guide autochtone. Leur expédition aurait été perdue sans le savoir de leur guide, qui connaissait très bien la région et les parcours canotables. La région couverte par le levé qu’ils effectuèrent s‘étendait jusqu’au lac Cataraqui à Kingston, que l’on peut voir sur ce tableau.

X
Tableau représentant une scène d’hiver avec des hommes se réchauffant près du feu.Enlarge

[Source: Winter Scene with Men Warming Themselves at a Fire. Caroline Bucknall Bucknall Estcourt, album de Caroline Bucknall Estcourt, Bibliothèque et Archives Canada, numéro d’acquisition 1993-454-15, C-115839.]

Arpenter en hiver

Pour conserver leur chaleur la nuit durant, les pauvres hommes qui avaient la tâche d’arpenter le tracé du canal au cœur de l’hiver se blottissaient les uns contre les autres autour du feu de camp, une technique appelée « spooning » (dormir en cuillère). John MacTaggart raconte :

« Quand cela faisait environ une heure qu’on était étendus sur un côté, quelqu’un criait “Spoon!” pour donner l’ordre de se retourner vers son autre voisin, ce qui était souvent bien accueilli par ceux qui avaient une racine ou une autre protubérance contre les côtes. Ainsi étendus comme un paquet de cuillères avec nos pieds près du feu, on se retrouvait souvent les cheveux gelés à l’endroit où notre tête était posée. »

X
L’arpentage» Introduction«