Le recrutement

Au début des années 1800, le Royaume-Uni est en pleine explosion démographique, le travail se fait rare et les programmes de recrutement du gouvernement ciblent les gens qui pourraient vouloir refaire leur vie au Canada. Les recruteurs offrent des incitatifs financiers et distribuent des livrets-guides sur le Nouveau Monde qui servent à la fois d’outils d’information et de propagande. Le sol, le climat et les méthodes de travail sont au nombre des sujets abordés, tout comme le risque de s‘égarer en forêt qui, assure-t-on, est relativement mince. Des recruteurs sont en outre envoyés dans les quartiers ouvriers pour encourager l‘émigration, une tactique souvent nécessaire auprès des pauvres illettrés, qui étaient incapables de lire les documents promotionnels. Ces campagnes de recrutement faisaient miroiter une vision idyllique des nombreuses possibilités offertes au Canada, mais la réalité qui attendait la plupart des Néo-Canadiens – en particulier ceux qui travailleront à la construction du canal – était loin d‘être aussi rose.

Points d'intérêt

Une bande dessinée tirée de Canadian Illustrated News illustrant l’arrivée des immigrants au CanadaEnlarge

[Source: Come To Stay. Henri Julien, Illustrated books, albums and scrapbooks, Bibliothèque et Archives Canada, numéro d’acquisition MIKAN 2914941, C-075551.]

Une immigration diversifiée

Comme le montre cette illustration, les immigrants qui venaient à Bytown provenaient de trois principaux groupes. Il y avait d’abord les militaires britanniques, qui étaient chargés d’entreprendre et de superviser la construction du canal et de maintenir l’ordre dans la jeune ville. Il y avait aussi des ouvriers (irlandais, surtout) issus de milieux défavorisés, qui avaient désespérément besoin de travail et de meilleures conditions de vie. Et il y avait enfin des membres de la haute société britannique, qui voyaient en Bytown la possibilité de s’associer à un nouvel îlot de prospérité.

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Aquarelle représentant le quai du Roi, QuébecEnlarge

[Source: The King’s Wharf. Fanny Amelia Bayfield, fonds Fanny Amelia Bayfield. Bibliothèque et Archives Canada, numéro d’acquisition 1989-287-12, C-002671.]

Le quai du Roi, vers 1827-1841, Québec

À partir de 1817, soit une dizaine d’années avant la construction du canal, l‘émigration vers l’Amérique du Nord devient plus abordable grâce en partie aux bateaux qui se rendent à Québec pour y chercher du bois et qui permettent aux futurs travailleurs de voyager à bon compte. À la différence des émigrants à destination des États-Unis, qui étaient forcés de laisser leur famille derrière, chaque adulte qui émigrait au Canada durant cette période avait le droit d’emmener trois enfants avec lui. Cette mesure a peut-être incité de nombreuses grandes familles à préférer le Canada aux États-Unis comme terre d’accueil. Le tableau ci-dessus (vers 1827-1841) montre le quai du Roi à Québec, qui était alors un port achalandé.

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Carte montrant la distribution en pourcentage des immigrants venus des différentes régions de l’IrlandeEnlarge

[Source: Irish at the Rideau Canal, 1829, percentage distribution of petitioners by county of origin. © 2002 Genealogical Society.]

Provenance des travailleurs immigrants d’origine irlandaise

Cette carte montre les nombreuses régions d’où provenaient les ouvriers irlandais du canal Rideau. Comme le rapporte Peter Robinson à la suite d’une mission de recrutement en Irlande en 1823, il fallait déployer de grands efforts de persuasion pour convaincre les Irlandais d‘émigrer au Canada : « J’ai commencé à faire la promotion de l‘émigration volontaire et à distribuer des tracts énonçant les conditions que le gouvernement leur offrait pour émigrer au Canada. Avant la fin du mois, j’avais distribué 600 billets d’embarquement; je n’aurais pas pu envoyer autant de personnes, mais j’ai tenu pour acquis que certains ne partiraient pas parce qu’ils étaient malades ou qu’ils avaient des appréhensions ou des craintes imaginaires, ou que leurs amis le leur déconseillaient. » Robinson avait vu juste : sur les 600 billets qu’il avait distribués, seulement 460 furent réclamés.

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Le voyage» Introduction«